Christine Delbecq trace son chemin
Anne Girard, juin 2016
Et son chemin ne tient souvent qu'à un fil, au sens propre comme au figuré. Il y a des pas de côté, des pas en arrière, voire de grands bonds, des hésitations, des raccourcis, des divagations. Si l'on suivait le tracé de ce chemin sur une carte, on serait peut-être un peu perdus. Il arrive d'ailleurs qu'elle-même le soit.
Pourtant, si l'on considère toutes les étapes, chacune a sa justification. Cela pourrait s'apparenter à du cabotage le long d'une côte accidentée : la ligne est sinueuse mais elle la suit au plus près. Et tire parti autant des écueils que des amers.
Pour ainsi progresser le long d'un chemin, il faut être debout, dressé, sur pied, vigilant. Elle, justement, dirait que c'est ça le plus difficile, tenir debout dans un monde agité de turbulences. Cette station verticale, cet équilibre fragile, lui est un émerveillement permanent. C'est cette coexistence impossible entre gravité et suspension qu'elle explore sans cesse, qui est le socle de son travail. Comment être en appui dans le vide.
Donc il y faut des pierres, des cailloux, des étais, des pieds, des monolithes, ou même des murs, des cairns, des constructions monumentales. La plupart du temps elle ne s'embarrasse pas de couleurs, à moins qu'elles ne soient déjà là, utilise des matériaux simples, bruts. Craies, feutres, bâtons d'huile, peinture, lanières, fils, métal, bois, tissu, carton, papier. Carton et papier surtout, dans tous leurs états : pressés, collés, froissés, boursouflés, déchirés, évidés, malmenés. Jusqu'à ce qu'ils expriment une petite partie de la vison intérieure de Christine Delbecq. Et pour que l'on comprenne bien cette cosmogonie, elle recommence, encore et encore. Elle accumule, elle entasse, elle trie, elle empile, elle simplifie, elle rajoute.
Le résultat, ce qu'elle nous donne à voir, peut être aussi bien un gigantesque amas qu'une petite trace ou une forme précaire toute simple. Dans les deux cas, cela tient debout. Car un amoncellement finit par devenir un agrégat, donc former un tout. Et la petite forme simple semble fragile mais elle tient bon, elle est robuste.
Toutes ces marques, ces stigmates, déposés le long du chemin de Christine Delbecq, composent son propre alphabet. Un syllabaire plutôt, grâce auquel nous sommes en mesure de déchiffrer le fil de son travail.