D'une herbe parmi les herbes
Pascal Commère 2022
D'herbe, disait-elle.
Avec un s ou pas, je ne sais. L'herbe
n'est-elle pas plurielle à elle seule.
Elle qui ne parle pas --- elle non plus.
Fidèle aux bords de rues, aux chemins
et qui sans majuscule, sans papiers
n'a de domicile fixe hormis là où elle pousse.
Elle en qui s'écrit le destin des
plus humbles créatures. Lire la suite ...
Mosaïques
Michaël Glück, printemps 2021
Mosaïques du temps
on a penché le temps
voyant
que le mot herbe n'est pas vert
délavé dans trop de salive
je fais acte de peinture
pour me rattraper au réel
l'herbe peut virer au bleu
l'intelligible intangible
m'intéresse peu à côté
parler n'a rien à voir (Aurélie Foglia in Comment dépeindre éditions Corti, p.44)
s'est dressé l'animal… Lire la suite...
Au lieu rouge
Jacques Moulin, été 2018
C'est une pièce une cellule un coin de chambre un cabanon un fond de boîte un bout de carton.
Carton rouge et tracés crus. On y accueille un passage de vent. L'espace est saisi par un mouvement de lanières venues se tordre aux flux. Un vent d'architecture fait danser les matières. Lanières ou bien segments de cerf volants. Lassos ou copeaux. Câbles ou ; méridiens échappés de la boule pour se rencogner au carré. Carrelet prend filet et filet pend à la charpente du carré qui s'étonne de tant de grâce en ses angles. Filet danse dans les angles.
C'est un reste d'étal. Y tremblent encore quelques découpures de dragons. Écharpes élingues ou dragonnes dansent au vent. Un contenu de boîtes magiques pour facéties de figures sous l'emprise d'un vent – un vent de lœss rouge – venu mourir aux angles.
C'est un tableautin de griffures. Une radiographie atomisée : fibre de muscles filaments de nerfs. Flagelles de moelle osseuse. Rien ne tient. Rien ne se cantonne aux angles.
C'est dans un coin. Une lumière rouge accuse les bouches venues se dévider jusqu'à buter contre les angles.
C'est une alcôve. On y entre à pas feutrés le cœur battant – pulsations sismographiques. Rien ne déchire le silence hormis ce rouge marouflé qui diffuse. Les bras des amants tanguent. Bravent l'espace. Se taisent dans les angles. Lire la suite ...
Fenêtres à noeuds
Ludovic Degroote, février 2017
Flux reflux de lumière qui se plie et se déplie dans
les bâches – pièces d'eau fixes en attente de la marée –
sortes de plages inversées où s'enfonce le moindre
élément, parce qu'il cherche son corps.
Poussée d'Archimède : tout corps existe parce qu'il
se touche en se poussant contre un autre .
Qu'importe que ce soit dur ou mou.
Mon œil s'est fait corps – je regarde avec l'un et l'autre.
Parfois, l'enveloppe se met à nu et travaille la couleur
des corps sous celle de la peau. Il n'y en a jamais
une seule, le geste la produit, l'œil la nuance. Ce qui
flotte prend d'autres couleurs – gris bleu blanc rose
beige brun - et d'autres formes - arête tordue, pli,
froissement, des nœuds comme on en a dans la vie
et le ventre, puisque nous aussi nous changeons de
forme de de couleur.
Le désordre des corps se tient comme il peut dans
ses intérieurs. Matière ouverte et fermée, il semble
parfois se recouvrir d'un autre corps qui en distribuerait
autrement les vides et les pleins, donnant alors à son
Propre espace la possibilité de se déplacer. Lire la suite ...
Vous êtes comme arrachés
Cécile Guivarch pour des Pieds, été 2015
Vous êtes comme arrachés
Nous avons quitté vos terres
Comment revenir à vous
Maintenant que nous sommes perdus
Que nos langues ne vous disent rien non plus
Je marche avec vos empreintes
Le sol est dur
Vous l'avez tant foulé
Ce sont tous vos pieds qui s'agitent devant moi
Vos cors vos callosités vos peaux usées autant que vos mains Lire la suite ...
C'est quoi ça ?
Collégiens de l'Académie Dunton, Montréal, novembre 2013
1/
C'est quoi ça ? c'est quoi ?
Ça ressemble à rien : ça veut dire quelque chose ?
Et je dois répondre ? Mais comment je vais comprendre ?
Mais pourquoi t'as fait ça ?
Comment tu as fait ? Combien de temps t'as mis ?
Et à quoi t'as pensé ?
Tu me dis que c'est une lettre, moi j'ai pas vu de lettres.
C'en est une ? Très différente ?
T'as essayé de nous dire quoi ? Lire la suite ...
Je suis en chantier, je suis un vaste chantier
Journal d'archéologie, Mijo Leblanc, 2008
1er jour
S'il s'agit d'une écriture (et je penche sérieusement pour cette hypothèse), elle est relativement serrée. Certaines lettres (idéogrammes ?) s'échappent, glissent, et coulent vers le bas du parchemin. L'auteur (dois-je dire « moi » ?) aurait posé son alphabet comme on sème des petits cailloux blancs. Plutôt rangés, ordonnés. En lignes. Des pages d'écriture, il me semble, rédigées cependant dans une évidente impatience, une précipitation, une fougue…Journal intime ? Correspondance ?
Les textes sont par endroits effacés, ou recouverts. Tronqués parfois. Ou devinés par transparence.
2ème jour
Après analyse, le support s'avère être du tissu. Mais du tissu humain que l'auteur (j'ai de la peine à dire « je ») aurait sans doute arraché à lui-même par endroits. L'évocation de ces déchirements me procure un relent de douleurs quelque part à l'intérieur de moi, ce qui confirmerait l'idée de tissu humain (osseux, nerveux…). Les cicatrices sont encore fraîches apparemment. Je déterminerai une date plus tard. Lire la suite ...