Tension, vibration, tectonique

Pierre Bongiovanni , 6 mai 2021

Les œuvres plastiques de Christine Delbecq racontent des histoires de tension, de vibration, de tectonique. La tension intérieure, immédiatement perceptible au premier contact avec l'artiste, renvoie à ce que l'on doit, j'imagine, ressentir, lorsque l'on tient dans sa main une grenade dégoupillée. La question alors n'est pas de savoir si elle va exploser ou non, mais quand et où. La vibration est celle que nous devrions toujours accueillir devant une œuvre d'art authentique. Lire la suite...


Entre terre et ciel, l'horizon 

Jacques PY, 9 avril 2021

La peinture ne peut exister sans un support, on peut même affirmer que cette relation est consubstantielle à son émergence. De son côté, la sculpture ne peut que s'éprouver dans une matérialité, qui lui impose les contraintes de la pesanteur. Afin de tenter d'échapper aux conditions habituelles d'existence de ces expressions artistiques, ne faut-il pas emprunter des chemins buissonniers pour extraire l'une de sa relation intime aux subjectiles, et insuffler une dimension aérienne à l'autre ? Ce sont peut-être ces routes parallèles qu'emprunte Christine Delbecq afin de conduire son œuvre vers des territoires singuliers qu'on ne saurait désigner en termes traditionnels. Dans son exposition, ni peinture, ni sculpture ne peuvent se reconnaître dans leur acception académique, seul le dessin se cantonnerait en partie dans des conventions de mise en œuvre, encore que...    Lire la suite...


Lignes de main

Marie Boucansaud, 2017

Du feutre, de la colle, de la peinture, tachent cette main forte, puissante, sèche et veineuse. Pas de superflu, juste l'essentiel.
Elle est grande, ses ongles sont bombés et ses doigts ne sont jamais au repos. Pas de décontraction, ils sont toujours en tension, chaque phalange forme un angle avec celle qui la jouxte. Ils tremblent, la main tremble. Pas de peur ni de stress, mais d'une sorte de précipitation, comme si au-delà de la pensée, la main ne pouvait se résoudre à ne rien faire. Ce qu'elle a à dire est trop fort, trop intense, la main subit cette pression intérieure qu'elle tente de suivre, elle tremble, elle se tord. Elle se fait violence.Même au repos, autour d'une tasse par exemple, la main n'est pas détendue. Elle serre la tasse entre ses paumes. Ses doigts fourmillent, frétillent, tremblotent. Un besoin vital anime l'ensemble.  Lire la suite…


La série, Notes pour une avancée prudente vers deux œuvres

Yves-Jacques Bouin, octobre 2016

Série (déf.) : « suite, succession de choses de même nature : poser une série de questions ». Pourquoi subitement rapprocher deux œuvres peut devenir une évidence? Comment peu à peu le chemin s'établit d'une œuvre à l'autre ? Il en a été ainsi du regard porté sur l'œuvre de Christine Delbecq et de la lecture consacrée à Myriam Eck.Parler des mêmes choses mais autrement. Peindre différemment les mêmes éléments. On pose son pied nu dans la boue du chemin, puis on avance. Le pied s'imprime, creuse sa ressemblance, pas à pas. Ce pied, on le reconnaît à sa dimension, à sa forme, au poids qui a tracé l'empreinte, et pourtant d'un pas à l'autre il n'est plus vraiment le même. La pression exercée sur la boue n'est pas la même, l'équilibre du marcheur plus fragile ou plus déterminé, la direction du pied un peu différente, d'un pas à l'autre. Cependant on ne s'écarte pas du chemin. Le mouvement général va dans le même sens, la direction est prise, reprise, à chaque pas pour parvenir au but fixé et qui, peut-être, n'est autre que le doute.   Lire la suite…


Tendre une peau dans l'univers à ceux qui, ensemble, tombent

Myriam Eck, août 2016

Christine Delbecq « fait des choses ».

Sept ans dans la colonne vertébrale, puis douze ans dans les pieds, Christine Delbecq s'est construit un corps, pas à pas, de la colonne aux pieds, « pour toucher le sol », pour arrimer sa verticale, puis retourner le mouvement, remonter s'horizontaliser, tel un tronc enraciné d'où peuvent enfin jaillir des branches, « tenir debout » pour tendre vers l'autre, de seule à nous, de un à tous, de presque riens au presque tout, grandir ou se démultiplier, dans un vide plein, dans un plein d'autres, à la rencontre des peaux, de ce mou, dans la limite, entre soi et l'autre, à la jointure poreuse, pour rendre possible cet autre et soi, cette coexistence, sans débordement, pour faire jouer cette limite, la déplacer, et faire jaillir l'énergie, celle qui crée, construit, ou détruit, selon le corps, selon le mou de son solide, dans sa danse propre.     Lire la suite…


Christine Delbecq trace son chemin

Anne Girard, juin 2016

Et son chemin ne tient souvent qu'à un fil, au sens propre comme au figuré. Il y a des pas de côté, des pas en arrière, voire de grands bonds, des hésitations, des raccourcis, des divagations. Si l'on suivait le tracé de ce chemin sur une carte, on serait peut-être un peu perdus. Il arrive d'ailleurs qu'elle-même le soit.Pourtant, si l'on considère toutes les étapes, chacune a sa justification. Cela pourrait s'apparenter à du cabotage le long d'une côte accidentée : la ligne est sinueuse mais elle la suit au plus près. Et tire parti autant des écueils que des amers.Pour ainsi progresser le long d'un chemin, il faut être debout, dressé, sur pied, vigilant. Elle, justement, dirait que c'est ça le plus difficile, tenir debout dans un monde agité de turbulences. Cette station verticale, cet équilibre fragile, lui est un émerveillement permanent. Lire la suite… 


Christine Delbecq en résidence

Jacques Py, Montréal, 22 décembre 2014

En 2009, le voyage de Christine Delbecq au Groenland était l'aboutissement d'un rêve. L'un de ses prolongements s'est révélé en 2013 lors de la résidence de création à l'Académie Dunton, à Montréal. Elle gardait en mémoire l'image des plaques de glace flottant à la surface de la mer, qu'elle traduisit alors en fragments de papier dérivant sur des pièces de tissu, enchaînés les uns aux autres par les points d'un fil de coton, fil d'une écriture en instance de lecteurs, fil d'une conversation à venir. Dès le début du séjour, il lui fallait briser la glace, celle qui séparait son atelier provisoire de la vie de l'école, celle des timidités, des indifférences et des incompréhensions à l'art contemporain. Elle inventa donc une langue inconnue, sans mots, pour entrer en contact avec les élèves, susciter leur curiosité et établir le lien. Elle fit naître des paroles, donna la sienne, puis sollicita des connivences pour, enfin, conquérir son auditoire ; Christine possède bien le don de l'échange, une manière d'apprivoiser l'autre pour le faire entrer naturellement dans son univers, sans contrainte.   Lire la suite…


L'œuvre, l'espace, le spectateur

Claude Martel, 3 décembre 2004

Par leur refus affirmé d'être des images, les œuvres de Christine Delbecq ne relèvent pas d'une esthétique : elles participent plutôt d'une essence. Elles ne sont pas à la poursuite de la beauté, mais visent à la création d'une entité.
Dépouillée de tous les artifices de la présentation – plus de cadre, plus de fond, plus d'espace idéalisé – chaque entité ne rend compte, au mur, que de sa propre réalité.
L'accrochage est une composante majeure du processus de création. L'œuvre, pour être terminée, doit être exposée. Le mur, l'espace environnant, deviennent surface picturale sur laquelle est collée la composition plastique. Ils font partie de l'œuvre. Le spectateur est amené à l'intérieur de cet espace et à son tour devient partie intégrante de l'œuvre, ce qui annule la distinction entre espace réel et espace pictural.
Les travaux de Christine Delbecq proposent une expérience, ils sont une expérience. Ils ne demandent pas à être lus, ce qui est le propre de l'image. Ils sont à être perçus, à être expérimentés. Leur présence affirme aussi la présence du regardeur qui se voit confirmé dans son existence propre.

 

Voyage… en art'chéologie

Monique Jannet, 2001

Curieusement, pendant ces quinze années de présentation d'exposition d'art contemporain au musée archéologique de Dijon, les artistes se nourrissant d'archéologie ont été rares. Pourtant, nous le savons, ils existent ! Et, serait-ce un signe des temps entre ces deux millénaires nous en avons rencontré un…une, puisqu'il s'agit de Christine Delbecq.
Mon interprétation de ce premier voyage en archéologie doit être confrontée à l'humilité du secret de la création. Mon rôle de médiateur ne signifie pas que je détiens « la solution » comme l'a si bien compris Yves Cusset*.
Si Christine Delbecq vit à Dijon, cette exposition débute par un souvenir de voyage. Comme l'enfant rapporte de ses premières vacances au bord de la mer un coquillage, elle découvre une poterie fragmentée au musée archéologique roumain de Baïa Mare et rentre en France avec une œuvre en cours. Le Temps, ce grand sculpteur, a modifié cet objet usuel. Comme l'écrit Marguerite Yourcenar « Les grands amateurs d'antique restauraient par pitié. Par piété, nous défaisons leurs ouvrages. Peut-être aussi avons-nous pris davantage l'habitude de la ruine et des blessures ».   
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Nous étions préparés à tout admettre, sauf d'avoir débuté par les pieds

Catherine Follet, 2001

Il y a une vingtaine d'années que je m'intéresse au travail de Christine Delbecq. Celui-ci m'a toujours intriguée. Mon admiration jusqu'ici, était réelle, mais ambivalente, habitée de doutes, voire d'un certain malaise. Ma compréhension de ses œuvres était incomplète et brouillée. J'en prendrai par exemple le thème, si énigmatique pour moi, du pied. J'attribuais presque à Christine une volonté d'antiesthétisme, ou même un certain fétichisme. Il aura fallu cette exposition pour que mon point de vue change complètement. Non seulement le « mystère du pied » s'est éclairci, mais toute l'œuvre de Christine s'est mise à prendre sens. Certes la beauté du lieu, les éclairages, l'étonnante harmonie entre les peintures de Christine et les objets (les ex-voto entre autres) du musée m'ont considérablement aidée dans cette prise de conscience. Je crois avoir compris l'une des significations de la recherche de Christine : elle me semble être en quête des origines de l'homme, et comment cela d'ailleurs ne toucherait pas l'archéologue ?   Lire la suite…