Au lieu rouge

Jacques Moulin, été 2018

C'est une pièce une cellule un coin de chambre un cabanon un fond de boîte un bout de carton.
Carton rouge et tracés crus. On y accueille un passage de vent. L'espace est saisi par un mouvement de lanières venues se tordre aux flux. Un vent d'architecture fait danser les matières. Lanières ou bien segments de cerf volants. Lassos ou copeaux. Câbles ou ; méridiens échappés de la boule pour se rencogner au carré. Carrelet prend filet et filet pend à la charpente du carré qui s'étonne de tant de grâce en ses angles. Filet danse dans les angles.

C'est un reste d'étal. Y tremblent encore quelques découpures de dragons. Écharpes élingues ou dragonnes dansent au vent. Un contenu de boîtes magiques pour facéties de figures sous l'emprise d'un vent – un vent de lœss rouge – venu mourir aux angles.

C'est un tableautin de griffures. Une radiographie atomisée : fibre de muscles filaments de nerfs. Flagelles de moelle osseuse. Rien ne tient. Rien ne se cantonne aux angles.

C'est dans un coin. Une lumière rouge accuse les bouches venues se dévider jusqu'à buter contre les angles.

C'est une alcôve. On y entre à pas feutrés le cœur battant – pulsations sismographiques. Rien ne déchire le silence hormis ce rouge marouflé qui diffuse. Les bras des amants tanguent. Bravent l'espace. Se taisent dans les angles.

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C'est un temps de caverne qui fouette nos parois rétiniennes. Un lacis de signes déchire la nuit des souvenirs. Rondes sauvagines et cornes affichées. La caverne tue le temps. On cale nos corps aux angles.

C'est un débarras ou une dépense. Les toiles d'araignées prolifèrent incisent le vide à la recherche des angles.

C'est un cabinet de travail pour gens de cirque. Un seul coup de fouet a embrasé l'espace. Ça sent le fauve et l'éléphant – l'éléphant ne tient pas magasin de porcelaine. Il aime l'entrepôt et l'agitation des filins sous les portiques les jeux de salamandre atour des peaux et des poils. Le fouet cherche l'arc saillant dans chaque angle.

C'est dans un train. Tout un jeu de rails éclatés saute aux yeux. Le train tourne en rond. Le regard est conduit loin des angles.

C'est un chantier. Formes érigées segments dégrossis lignes en suspens. Ça sent la peinture fraîche et le torchis. Une voix rauque vient des angles.

C'est un écran. Un écran d'angle. Le film saute. Les images s'effilochent – lanières de pellicule crevant l'écran à la recherche de volumes. Volumes s'affranchissant des angles.

C'est un enclos brisé. Les feuilles d'automne balayées par un vent rouge dessinent des cerceaux de hasard. Le vent distend retient élance élague étrangle relâche libère. On reconnaît un ovale de visage un turban effilé et cet appel du puits avec effet de margelle pour adoucir les angles.

C'est un angle de vestiaire ou de mansarde. S'y agitent lambeaux de tissus bribes de vêtements ou copeaux de dentelles déchirées après les effleurements. L'espace est de braise puis le vent des lanières se dépose. La cabane s'estompe. L'architecture passe la main. Les angles abattent leurs cartes pour une hésitation de table. On finira bien par échanger suspendre nos silences. On finira bien par rompre en compagnons de tables -le pain sans doute. La tablée appelle ce geste. Un geste élancé de lanières tendres flottant sur l'assemblée. Danser en rond ou en carré comme on fait au-dessus des marelles pour atteindre le ciel. Un ange passe à l'angle.