Montréal 2013, Christine Delbecq en résidence

Jacques Py, 22 décembre 2014

En 2009, le voyage de Christine Delbecq au Groenland était l'aboutissement d'un rêve. L'un de ses prolongements s'est révélé en 2013 lors de la résidence de création à l'Académie Dunton, à Montréal. Elle gardait en mémoire l'image des plaques de glace flottant à la surface de la mer, qu'elle traduisit alors en fragments de papier dérivant sur des pièces de tissu, enchaînés les uns aux autres par les points d'un fil de coton, fil d'une écriture en instance de lecteurs, fil d'une conversation à venir. Dès le début du séjour, il lui fallait briser la glace, celle qui séparait son atelier provisoire de la vie de l'école, celle des timidités, des indifférences et des incompréhensions à l'art contemporain. Elle inventa donc une langue inconnue, sans mots, pour entrer en contact avec les élèves, susciter leur curiosité et établir le lien. Elle fit naître des paroles, donna la sienne, puis sollicita des connivences pour, enfin, conquérir son auditoire ; Christine possède bien le don de l'échange, une manière d'apprivoiser l'autre pour le faire entrer naturellement dans son univers, sans contrainte.

Au Québec en marchant, l'artiste s'obstina à voir les amoncellements de feuilles sur les trottoirs ou les vêtements suspendus aux cordes à linge, celles qui relient les maisons de ville entre-elles comme un dialogue intime et muet avec les habitants. Réconcilier les éléments épars, suturer les fractures, imaginer des chaînes qui rapprochent les gens… : Christine adressa ses lettres, comme des bouteilles à la mer, à des destinataires qui eurent le choix d'y répondre ou d'ignorer l'enveloppe déposée à leur intention. Il en allait des mots comme des êtres, à savoir : oser l'effort de décrypter pour comprendre l'inconnu, faire un pas vers l'autre et forger une histoire commune avec cette étrange artiste, qui d'étrangère devint progressivement proche et familière dans l'établissement. Un sac plein des courriers reçus lui rappelle l'attente qu'elle a suscitée, et cette volonté d'un échange dont elle était porteuse…