C'est quoi ça ?

Collégiens de l'Académie Dunton, Montréal, novembre 2013

1/

C'est quoi ça ? c'est quoi ?
Ça ressemble à rien : ça veut dire quelque chose ?
Et je dois répondre ? Mais comment je vais comprendre ?

Mais pourquoi t'as fait ça ?
Comment tu as fait ? Combien de temps t'as mis ?
Et à quoi t'as pensé ?

Tu me dis que c'est une lettre, moi j'ai pas vu de lettres.
C'en est une ? Très différente ?
T'as essayé de nous dire quoi ?

2/

Pourquoi c'est en tissu ? C'est le déchirement d'une vie ?

Le premier tissu est usé, il a plein de trous : c'est ta vie en France ?
Et le deuxième est plus neuf, il y a moins de détails :
c'est parce que t'es arrivée au Québec !
Curiosité.
C'est : des hiéroglyphes, du chinois, des lunettes, des corn flakes,
c'est : la pluie, un village enchanté, une chambre en désordre.
Un tablier, un travail que j'ai fait en primaire,
le tissu de Coco Chanel dans son défilé .
Un capteur de rêves,
l'hiver blanc et flou.
Une plante grimpante, la vigne vierge le long d'un mur.
Une rivière avec plein de roches,

Tu nous parles alors. Tu cherches une réponse.
On peut écrire des choses, et les autres ils nous comprennent, ou non.
Tu veux dire quelque chose : on doit être attentifs.

3/

Mais si c'est pas un code, comment deviner, et comment répondre alors ?
C'est une farce !

C'est pas une écriture : la vraie écriture est lisible, pas celle-ci.
J'la connais pas cette écriture.

Moi je crois que ce sont des mots :
les bouts de tissu avec des espaces, les trous, ça fait bien comme des phrases.
Les formes remplacent les lettres. C'est une lettre, mais à motifs.

C'est des idées. Reliées par les lignes.
Les fils c'est pour transporter les idées.
Les lettres sont connectées.
Chaque mot dépend des autres.

Ça se plie, ça rentre dans une enveloppe. C'est écrit de gauche à droite.
Et puis y a plein de mots, et même ta signature.

J'ai rien compris depuis le début. Tu caches des mots qu'on ne sait pas.
Un message que tu essaies de faire connaître
sans même savoir vraiment ce que tu es en train d'envoyer.

Être sourd visuellement.

C'est comme un immigrant qui essaye de lire
et d'apprendre une langue inconnue ? Après on y arrive ?

C'est une écriture à découvrir et à apprendre.
Un tissu avec les marques de quelque chose qui s'est passé.

Une lettre à décrocher.

*Recension et organisation de toutes les réponses des collégiens aux questions posées par Maude Bellehumeur, leur professeure d'arts plastiques, pendant ma résidence à l'Académie Dunton, dans le cadre des échanges croisés C2Sarts Montréal et Centre d'art de L'Yonne.

cf L'échange, lettres sans mots.